CHAPITRE VII
ART ET TATOUAGE
Doit- on considérer le tatouage comme un art? Répondons tout de suite oui àcette question.
Depuis des années déjà, des spécialistes se sont penchés avec application surle fait précis suivant: Des hommes qui ne sont point des artistes au sens propre du mot,c'est- à- dire, selon le Larousse, qui font application des connaissances à la réali-sation des conceptions arrivent à créer des œuvres, peintures, sculptures ou dessins,où l'instinct prime la culture et les connaissances. Ces hommes ne savent pas qu'ilsaccomplissent une œuvre d'art.
Ce pâtre français auquel nous pensons, lorsqu'il sculpte sur sa canne, celle quilui sert chaque jour, cette suite de têtes d'animaux et d'hommes qui reposent les unessur les autres, ne sait pas qu'à des milliers et des milliers de kilomètres, un Noir d'Afrique,ou un Canaque, réalise une sculpture presque exactement identique sur le mât qui,fiché devant sa hutte, deviendra son totem.
Ce pâtre français et ce Noir ou ce Canaque apparaissent à première vue commetotalement différents. Et pourtant, comment expliquer la similitude d'expression exis-tant entre leurs travaux, absolument originaux et instinctifs?
Le Musée de l'Homme fourmille d'exemples de cette extraordinaire ressemblance.Les rapprochements s'imposent d'eux- mêmes.
Les sociologues qui se sont penchés sur ces problèmes, comparant les travauxaccomplis par des individus géographiquement éloignés les uns des autres et qui pré-sentent des traits communs, concluent à l'existence d'une mentalité uniquement guidéepar la tradition: la mentalité primitive Glossar ::: zum Glossareintrag primitive.
Pour Frazer, les associations d'idées- images par contiguïté, par ressemblance,dominent et dirigent absolument la pensée primitive Glossar ::: zum Glossareintrag primitive. Ainsi le primitif vit dans ununivers magique où tout est susceptible d'agir sur tout, soit par des ressemblances,soit par des contacts obscurs.
Revenons maintenant au tatouage. Ce qui était valable pour un objet amoureuse-ment façonné, une statue par exemple, l'est aussi pour le tatouage, et probablementbien davantage puisqu'il s'intègre, au sens propre du verbe, à l'individu.
Or l'indigène des Marquises se tatoue le corps comme certains individus de chez
nous, suivant des procédés identiques, si les circonstances varient.
Chez l'un comme chez l'autre, le tatouage sera la manifestation extérieure de sen-timents identiques. Au premier rang, il faut placer la vanité, qui se manifeste par lesouci de la parure, par le désir de paraître, d'attirer l'attention.
Nous citerons ici un court passage de Henri Leale fort explicite:
« Le criminel aimera, à l'instar des sauvages, contempler sur son corps
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