CHAPITRE PREMIER
QUELQUES DÉFINITIONS
Si la pratique du tatouage remonte à la plus haute antiquité et peutLE MOTêtre dite contemporaine des premières formes d'organisation sociale,l'introduction du terme qui la désigne dans notre langue est relativement récente.C'est le traducteur du Second Voyage de Cook en Océanie( 1772-1775) quil'emploie pour la première fois, en 1778. Il le fait d'ailleurs non sans timidité et, dit- il,parce qu'il n'a trouvé nulle part d'équivalent français au terme anglais tattooing. Il créele substantif tatouage qui va désigner à la fois l'opération du tatouage et le résultat decette opération. Le verbe tatouer cependant, existait dès 1769; on le trouve dans latraduction de Hawkesworth.
L'origine du mot est océanienne. Il vient de l'expression« tatou»( que les indi-gènes prononcent tatahou), dérivée de la racine ta( dessin) et qui signifie: dessininscrit dans la peau. On retrouve la racine à peine altérée dans le polynésien tuhuka,le tahitien tahua, l'indien tahua tatau.
Toutes les langues occidentales n'ont pas adopté cette racine. L'allemand a bienl'équivalent tatôwiren, mais l'italien dit encore screziatura et l'espagnol picadura.
Mentionnons pour mémoire des indications étymologiques plus ou moins fantai-sistes, mais fournies par des auteurs sérieux:
Clavel donne le nom du dieu Tiki, qui aurait, selon la tradition polynésienne,appris aux hommes la pratique du tatouage.
Toubin indique le sanscrit dâ: poser, mettre en soi, et ta: globe, disque, cercle.Enfin, certains imaginatifs ont soutenu que l'origine de tatouage était tatou, lenom de l'animal, par analogie avec les dessins de sa carapace.
Notons, pour conclure, qu'avant les grandes expéditions transocéaniques de laseconde moitié du XVIIIe siècle, on n'employait qu'une terminologie approximative:marque, stigmate, etc... On trouvera ensuite les mots tatouer et tatouage dans le Dic-tionnaire de Médecine du médecin belge Pierre Humbert Nysten, et Littré les adoptedès 1858.
LA CHOSE
Le tatouage est l'opération qui consiste à introduire dans l'épidermeun colorant quelconque, par un procédé quelconque, afin d'obtenir
une marque permanente et si possible indélébile.
Nous disons quelconque le choix du colorant et du procédé n'importe eneffet qu'accessoirement. On connaît une variété considérable de procédés et de colo-rants, employés selon les circonstances dans lesquelles se déroule l'opération.
Le grand public admet que le tatouage s'effectue au moyen d'aiguilles trempéesdans de l'encre de Chine. C'est là un des procédés les plus satisfaisants, mais ce n'estpas le seul.
7