CHAPITRE VI
LE DÉTATOUAGE
Nous avons indiqué au début de cet ouvrage que les origines du tatouage seperdent dans la nuit des temps. Il semble bien que le désir de se débarrasser, par lasuite, des marques que l'on avait acceptées ou souhaitées soit presque aussi ancien.Ce désir est facilement compréhensible chez les porteurs d'une marque imposée,fréquents dans l'Antiquité: esclaves, prisonniers, soldats. Les raisons des tatoués volon-taires désireux de se faire détatouer sont aussi valables.
Le caractère pratiquement indélébile du tatouage constitue l'obstacle importantempêchant le tatoué de se débarrasser facilement de ses dessins ou de ses inscriptions,qui sont devenus gênants.
Dans l'impossibilité de se détatouer seul, sauf exceptions rares, le tatoué s'adresseau détatoueur professionnel.
Dans l'Antiquité cette carrière fut florissante. De nombreux auteurs ont trans-mis jusqu'à nous les noms de certains d'entre eux et quelques- unes de leurs recettes.Un auteur africain qui vivait au Ve siècle, Cassius Felix, nous parle du Discoriatoriumque les Grecs appelaient Ecdorion, et qui était un caustique, sans doute végétal, propreà enlever la peau et les dessins qui y étaient gravés. Ce produit était utilisé pour fairedisparaître les marques dont les mains des militaires et le visage des femmes mau-resques étaient couverts.
De nombreux autres auteurs de l'Antiquité, tels Galien, Aetius, Paul d'Égine,ont écrit sur le détatouage, mais c'est Avicenne qui semble le plus complet.
Les procédés cités par cet auteur étaient également, selon lui, employés pourfaire disparaître des éphélides. Voici un fragment de ce texte, dans l'excellente traduc-tion qu'en a donnée le docteur Herbert:
« Le plus souvent il suffit de lotionner l'endroit avec du nitre et d'y appli-quer de la résine de térébinthe durant une semaine, en serrant bien. Ensuite onenlève[ le pansement] et on frotte vigoureusement avec du sel et l'on remet dela résine de térébinthe jusqu'à ce que[ le tatouage] disparaisse avec la tache noirequi s'est formée. Si ce traitement ne réussit pas, il est indispensable d'atteindreles points de piqûres de l'aiguille à tatouer en y instillant de l'anacarde qui lesulcérera et les corrodera.>>>
On peut constater que, si les procédés étaient efficaces, ils étaient certainementaussi terriblement douloureux. On imagine sans peine la sensation que peut donnerun vigoureux frottement au sel sur une partie pratiquement mise à vif. Nous verronsplus loin que cette technique est encore employée, de nos jours, d'une façon presqueidentique.
Nous savons également que certains tatoués, particulièrement parmi les légion-naires, se débarrassaient de leurs tatouages en versant dessus du soufre enflammé.Il est bien évident que tous ces procédés présentaient le grave inconvénient de substi-
48