CHAPITRE VIII
CONCLUSIONS
Maintenant que nous avons examiné avec attention et méthodiquement toutes lesmanifestations de ce curieux phénomène que constitue le tatouage, il importe d'essayerd'en dégager une explication valable.
Que signifie donc le tatouage? Quels individus signale- t- il à notre attention surle plan psychologique et social?
Nous avons entendu maintes et maintes fois cette explication sommaire et com-mode:« Ces gens- là sont fous! Des êtres doués de toute leur raison ne pourraienten aucun cas accepter, et à plus forte raison désirer, des ornements aussi dégra-dants.>> Bien que simpliste, ce jugement pourrait recéler une part de vérité. Voyonsdonc rapidement les rapports du tatouage et de la folie.
Psychiatres et criminologistes ont depuis longtemps étudié avec soin les indicesque pouvaient fournir les tatouages chez les fous. On constate d'abord que les tatouéssont assez peu fréquents chez les aliénés. Lombroso en trouva quatre parmi les huitcents aliénés de l'asile de Pavie, et à Sienne onze sur cinq cents. Encore parmi ces der-niers six avaient été tatoués en prison. Plus récemment, Marandon de Montyel à l'asileSaint- Pierre de Marseille a trouvé 13% de tatoués. Il a donné comme moyenne généraledes fous tatoués le chiffre de 10%. D'après ce psychiatre, les tatouages sont presquetoujours en rapport avec la forme de folie ou d'obsession, même s'ils ont été effectuésbien antérieurement aux premiers symptômes de la maladie mentale.
Les sujets choisis par les malades constituent souvent des rébus hermétiques dontle porteur seul possède la clé. La plupart des porteurs de tatouages sont des aliénés cir-minels, et les fous tatoués sont généralement dangereux.
Danguillon, à Ville- Evrard, a complété ce tableau du tatouage chez les fous enobservant, dans certains cas de paralysie générale avec idée de force, des tatouagesreflétant cette tendance, tels que lions, panthères, athlètes, etc...
Cependant, on trouve rarement des rapports, dans les cas de paralysie générale,car la maladie de Baillarger désorganise rapidement la substance cérébrale et est indé-pendante de la tournure d'esprit ancienne du malade.
On peut donc constater que le tatouage chez les fous donne lieu à des observa-tions très particulières qui, cependant, ne peuvent permettre de conclure au tatouagesigne de folie.
L'explication des causes du tatouage n'est pas si simple.
Lombroso a dit que le tatouage était un caractère anatomico- légal spécifique decriminalité. Pour lui, le tatoué est un criminel- né.
Nous pensons, peut- être avec quelque audace, que Lombroso en formulant ceprincipe est passé légèrement à côté de la vérité. Certes, il a comparé les criminelsaux sauvages et a indiqué que la psychologie rudimentaire des primitifs était aussi celle
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