C'est pourquoi les tatouages les plus fréquents sont les tatouages dédicatoires. On yretrouve en bonne place toutes les combinaisons réalisables autour du mot«< pensée»,remplacé par un dessin; des noms propres masculins et des initiales les accompagnentcomme sur la planche 76. Parfois aussi, le prénom ou le nom sont accompagnés d'uncœur, traversé d'une flèche ou non, et quelquefois contenant les initiales de l'aimé.On en trouvera un très bel exemple à la planche 78. Plus rarement le nom manque, lafille porte simplement une fleur tatouée, généralement pensée ou rose, grossièrementdessinée( voir planche 79). On voit fréquemment des inscriptions sans aucun ornement.Ces inscriptions sont toujours identiques. C'est A Paulo pour la vie ou J'aime Fernand,A mon Raymond ou J'aime André pour la vie. Nous avons aussi noté celle- ci, plusrare A mon mari sur une fille soumise.
Les tatouages d'appartenance, faits par le souteneur pour marquer sa propriété,diffèrent assez peu, pour la forme, des tatouages précédents. Certains cependant sontassez significatifs pour ne pas prêter à confusion. Ce sont ceux où l'homme s'est con-tenté d'écrire son nom en toutes lettres, ou ceux dans le genre de Julot à sa Gaby,ou ceux, menaçants, où l'on voit un cœur percé d'un poignard accompagné du nom dupropriétaire.
Les tatouages de représailles sont assez fréquents. Le moment où la fille désirechanger de maître arrive toujours, et le souteneur dépossédé de son bien prend sou-vent fort mal la chose. Quand il n'a pas le courage d'aller régler son compte à son heu-reux rival, il va, généralement accompagné de quelques amis, attendre la fille dans unendroit discret où elle doit passer. On l'emmène, de gré ou de force, et on la tatoue.C'est une variante de la croix des vaches, marque faite au rasoir sur le visage de l'infi-dèle. Les inscriptions faites dans ces cas sont généralement laconiques. Une insulte,le plus souvent de la plus évidente grossièreté, en principe tatouée sur le visage, ousur les bras, suffit généralement à calmer l'homme trahi. Parfois le passage d'un maîtreà un autre se fait sans incident.
Mais quand la fille est porteuse de tatouages où l'on peut lire le nom ou les ini-tiales de son précédent amant, ces marques deviennent fort encombrantes. Il faut alorsles faire disparaître. Comment?
Parent- Duchatelet avait déjà noté que les filles effacent les noms de leurs anciensamants, pour inscrire les nouveaux, avec le bleu en liqueur qui est de l'indigo dissousdans de l'acide sulfurique. Le tatouage était alors remplacé par une cicatrice, et l'auteurdisait en avoir vu quinze sur une fille de moins de 25 ans.
De nos jours le détatouage se pratique encore abondamment, mais certainesfilles lui préfèrent la surcharge. C'est ainsi que l'on dissimule un nom devenu embar-rassant sous un dessin décoratif, fleurs, paysage, etc... On pourra voir, planche 77, unremarquable exemple de cette technique. La fille qui y figure portait sur l'avant- brasune inscription dédicatoire qu'elle fait recouvrir par des fleurs. Le travail étant ina-chevé, on peut encore lire la fin du mot j'aime en haut, et plus bas les trois dernièreslettres de Roger. Quand les fleurs et l'oiseau esquissés à droite seront achevés, l'ins-cription ancienne sera devenue parfaitement invisible.
Les dessins obscènes, crapuleux, ou les inscriptions crapuleuses ou grossièressont extrêmement rares. Ces tatouages désignent immédiatement les filles qui lesportent comme les plus abjectes.
On peut considérer comme unique le cas cité par Locard et Lacassagne, d'unefille portant sur le bras gauche, en gros caractères, l'inscription: Oh! M...! encoreun c... qui me regarde, et sur l'avant- bras gauche As- tu un louis à mettre dans lecommerce, oui ou non?
Les tatouages décoratifs et de fantaisie sont également très peu fréquents. Cer-taines filles se font tatouer, sur chaque sein, deux oreilles, et une fente horizontale sousle mamelon, ce qui donne au sein l'apparence d'une tête de porcelet. Cette fantaisie,bien que n'étant pas exceptionnelle, est cependant assez rare. D'autres se font tatouerdes bijoux, généralement de peu d'importance. Le lecteur pourra trouver, planche 80,un exemple, sans doute unique, de tatouage de fantaisie, représentant un soutien- gorgefinement brodé.
Pour conclure, répétons que les tatouages des femmes n'ont, pour l'importance,aucune commune mesure avec les tatouages des hommes.
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