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IV. LE NOM DE SINDBAD.
Ce nom a exercé la sagacité des érudits. Il se présente dans les Mille et uneNuits trois fois et même quatre, puisqu'il est donné, dans certaines rédactions,au portefaix, appelé Hindbâd dans d'autres. La première fois, c'est une allusionau fameux livre de Sindbad( Sindabâd) faite par le vizir envieux dont lepêcheur raconte l'histoire au génie ingrat qu'il a retiré de la mer(); il y estrappelé que le roi Sindbad voulut faire mourir son fils sur l'accusation d'unebelle- mère. La seconde fois il s'agit de notre aventureux marin et aussi quel-quefois du portefaix. Enfin l'histoire du sage Sindbad, du roi et de son filsest également rapportée, et cette fois sous la forme ordinaire du livre de Sin-dabad( 2). Il n'y a entre ce dernier livre et les aventures de notre marin aucunautre rapport que celui du nom( 3). Je crois que ce nom devait être assezrépandu, et qu'il n'est qu'une déformation, sous l'influence de l'Inde, d'unnom iranien qui nous est attesté historiquement: Sounbâd. C'est celui d'unpersonnage qui tenta de venger Aboù Mouslim, victime de la cruauté desAbbassides. M. Blochet() l'appelle tantôt Sinbad, tantôt Sindabad, et celasous l'influence évidente du nom célèbre. Cette distraction d'un savant auteurest à mes yeux une preuve indirecte de la vraisemblance de mon interpré-tation( 5). Notre marin devait done, à mon avis, s'appeler Sounbâd. Comme il
( 1) Trad. Galland, XIII et XIV nuits. Dansl'édition de Boulâk( 4 et 5° nuits), c'est le roiqui raconte l'histoire du roi as Sindabad et dufaucon( CHAUVIN, Bibliogr. ar., V, p. 289).
( 2) Édition de Boûlak, II, p. 52-86; cf. CHAU-VIN, Bibliogr. ar., VIII, p. 33.
( 3) Il convient de rappeler, à ce propos, laconfusion faite par de Hammer dans son inter-prétation d'un passage de Mas'oûdi, où il voitune allusion aux Voyages de Sindbad, alorsqu'il est certainement question du livre du sageSindabâd, Contes inédits des Mille et une Nuits,Paris 1828, p. xx et xxII; cf. BURTON, ArabianNights, édit. orig. X( Terminal Essay), p. 67,note 1, et 70, note 2. Dans ce secondpassage
Burton dit que la confusion a été faite parmany others". J'ignore à qui il fait allusion.( 4) BLOCHET, Le Messianisme dans l'hétérodoxiemusulmane, p. 44-46. Sur ce nom, cf. FRIEDLAN-DER, Heterodoxies of the Shites, dans Journal ofAmer. Orient Glossar ::: zum Glossareintrag Orient. Soc., XXVIII( 1907), p. 26. Hrenvoie pour la lecture correcte à Tabari[ Anna-les, édit. de Goeje], III, p. 119. De Goeje écrit:
Les dictionnaires persans de Johnsonet de Wullers écrivent: s; le second a aussi:
mpierre سنباده Faut- il le rapprocher de.سنباد
dure, émeri»?
( 5) Le même nom a été également transformésous cette influence par M. Edward S. Brownedans sa traduction de l'historien persan Ibn Is-