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I.- LA DATE DU CONTE.
La première question que je vais examiner ici est celle de l'époque pro-bable où les Voyages ont été rédigés. La seconde est celle de leur rapportavec le recueil des Mille et une Nuits. Elles sont d'ailleurs intimement liées.
Dans son mémoire paru dans la revue hollandaise, le Gids, de 1889, deGoeje, qui en a fait jusqu'ici l'étude la plus complète, est d'avis qu'ils fontpartie de la rédaction la plus ancienne des Mille et une Nuits et qu'ils ont étéécrits à Baghdad au xe siècle de notre ère( 2)( vers 300 de l'Hégire). Nöldekeémet sensiblement la même opinion et en place la rédaction au plus tard en300 à Bassorah( 3). La rencontre de ces deux savants, qui écrivaient presque enmême temps, est typique. On peut dès lors s'étonner que Brockelmann, quicite la note de Nöldeke, affirme dans son histoire de la littérature arabe( II,p. 59) que le roman maritime de Sindbad est parmi les récits qui se sont glis-sés dans les 1001 nuits, quoique ayant eu originairement une existence indé-pendante. M. Clément Huart a enchéri à son tour en ces termes:« En outreon a introduit, pour ainsi dire de force, dans ce cadre d'historiettes popu-laires... même un roman d'aventures maritimes, l'histoire de Sindbad le Ma-rin()». Et, dans le compte rendu qu'il faisait du Recueil de relations de voyagesrelatifs à l'Extrême Orient Glossar ::: zum Glossareintrag Orient publié récemment par M. Gabriel Ferrand, il estimeque les Voyages y sont classés à tort sous la rubrique Mille et une Nuits; onsait que ces Voyages ne font pas partie du fameux recueil de contes( 5).
( 1) Pour les indications bibliographiques com-plètes, se reporter au livre de Chauvin, cité plus
haut.
( 2) Page 279: reeds tot de oudste Arabischeredactie de Nachtvertellingen behoord hebbenen, naar mijne meening, stellig in de 10° eeuwen wel in Bagdad zijn geschreven".
( 3) Zu den ägyptischen Märchen, dans Zeitschr.der deutsch. morgenl. Gesellsch., XLII, 1888,p. 68. Ayant parlé de ce qu'il appelle dans lesMille et une Nuits zu dem wenigstens stofflichnoch aus der alten Baghdader Sammlung her-rührenden Bestande», il ajoute dans la note 2:
Zu letzterem rechte ich neben vielen mehrnovellistischen Erzählungen im besondern dieFahrten Sindbads die einen blühenden Seehandelvon Basra zur Voraussetzung haben und spä-testens 300 d. H. abgefasst sind.
( 4) Littérature arabe, Paris 1902, p. 394.( 5) Journal asiatique, 1918, 11° série, t. XII,p. 174. M. Huart a pour lui l'autorité deS. de Sacy, qui a écrit dans sa dissertation surles Mille et une Nuits: Comme tous les critiquesen tombent d'accord, les Sept voyages de Sind-bad le marin... sont des interpolations tout àfait étrangères aux Mille et une Nuits»( Revue de