TATOUAGE.
23
l'intensité de l'inflammation un véritable étranglement des parties, et la peautout entière, épiderme et derme compris, prend une coloration violacée ounoirâtre, se recouvre de phlyctènes et se détache des parties voisines, laissantaprès elle une plaie qui met le tissu cellulaire à nu.
La première conséquence de ce phénomène est, comme on le pense bien, ladisparition complète du tatouage, et, quant à la plaie qui lui succède, elle pré-sente les caractères ordinaires de celles qui font suite aux gangrènes. Les plaiessont parfois fort longues à guérir, ainsi que Berchon en a observé des exemples.La suppuration peut être interminable, et elle entraîne des ulcérations qui necèdent qu'à des cautérisations énergiques. Les malades s'épuisent, la fièvre serallume et des résorptions purulentes ou la septicémie peuvent en être laconséquence mortelle.
50 Cas d'amputation. Berchon rapporte quatre exemples de matelots quiont dû être amputés à la suite du tatouage: le premier, d'un doigt sur lequelon avait tatoué une bague chevalière; le second, du poignet, à la suite d'untatouage dans un espace interdigital; le troisième, de la cuisse, après un tatouagedu pied; le quatrième, de l'avant- bras, par suite du tatouage du poignet.
4° Cas de mort. Les cas de mort dus au tatouage doivent se distinguer enplusieurs catégories: il en est, en effet, dans lesquels la douleur même del'opération a été la cause de la mort. Nous en avons rapporté plus haut quelquescas. Ils sont rares cependant, et c'est bien plus souvent à la suite de complica-tions secondaires que cette issue fatale se produit. L'ébranlement nerveux quisuccède à une opération très- étendue sur le corps, le tronc, par exemple, peutparfaitement amener ces résultats.
Le plus souvent cependant, la mort a lieu par suite de l'intensité de laréaction inflammatoire: le phlegmon diffus, la gangrène, la pyohémie, tellessont les causes de mort. Berchon en cite trois observations auxquelles il fautjoindre les récits analogues des voyageurs.
Les cas de mort se retrouvent aussi à la suite des cas d'amputation, et ilsont lieu alors par le mécanisme ordinaire en pareille circonstance.
50 Accidents consécutifs. Ils consistent dans l'apparition plus ou moinstardive de lésions, soit sur le point même où l'opération s'est effectuée, soitpar empoisonnement de l'économie.
Localement, on a signalé des ulcérations persistantes, des indurations prolon-gées du derme, des kéloïdes cicatricielles, etc. Quant aux cas d'intoxication,nous avons déjà mentionné un exemple d'inoculation syphilitique, dù àM. Hutin. Il en est d'autres qui ont été recueillis par le docteur Rollet et quel'on trouvera relatés dans la partie médico- légale de cet article.
Comme accidents consécutifs, nous pouvons noter encore ceux qui ont poursiége des ganglions lymphatiques. En effet, des observations de Berchon, deFollin, de Virchow, il résulte que les ganglions lymphatiques peuvent recevoirà la suite des inoculations diverses matières colorantes des particules asseznombreuses de celles- ci pour imprimer aux ganglions une coloration particu-lière et y provoquer un état inflammatoire sourd et continu. C'est de la sorteque l'on a retrouvé dans certains ganglions des particules de cinabre, de ver-millon et de matières inertes, du noir de Chine, du charbon porphyrisé, etc.Tel est le cadre pathologique du tatouage. Quant aux circonstances particulièresqui favorisent l'apparition de ces désordres, il faut en mentionner quelques-unes ainsi, signalons en première ligne l'état de l'instrument à tatouer, tiges