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CHAPITRE II.
L'Exemplum dans les chroniques et les traités d'édification,d'instruction et de morale du XIIIe et du XIVe siècle.
Les chroniqueurs, les mystiques, les professeurs et lesmoralistes de la période qui nous occupe éprouvent, commeleurs prédécesseurs de la seconde moitié du XIIe siècle, lebesoin d'étayer leurs écrits de curieuses anecdotes en ma-nière d'illustration de leur enseignement. En lisant les chro-niques, les traités de dévotion, les manuels de pédagogie,d'instruction et de morale, bref, les écrits qui touchent deprès ou de loin à un enseignement quelconque, on est à peuprès sûr d'y rencontrer à une dose plus ou moins fortel'exemplum sous ses diverses formes, tellement le besoind'instruire ou d'intéresser l'auditeur ou le lecteur par laméthode narrative s'était généralisé. Pour l'objet de notreétude cependant, nous avons choisi parmi ces écrits ceux- làseulement qui nous ont semblé offrir le plus d'intérêt ¹.
1. II n'est pas jusqu'aux poètes, qui n'aient inséré dans leurspoésies certaines légendes et récits anecdotiques. Ainsi, l'auteur in-connu du Donoi des amanz, poème amoureux composé en Angleterreà la fin du XIIe siècle( publié par G. PARIS dans la Romania, t. XXV( 1896), p. 496-541 d'après le ms. fr. 3713 de Cheltenham, avec rensei-gnements complémentaires, ibid., t. XXXVII( 1908), p. 218), se plaîtà entremêler ses développements poétiques de récits tirés de l'anti-quité profane, de Pierre Alfonse et des fables( v. spécialementp. 534-541). De même Thomasin von Zercläre(+ 1238) dans son poèmedidactique Der welsche Gast, fait d'extraits de traités de courtoisie,des vices et des vertus et écrit en 1215( v. édit. Rückert, Quedlin-bourg, 1852), complète ses développements par des anecdotes histo-riques et classiques, tirées de l'histoire contemporaine et de la proseclassique, ainsi que par des fables. Un peu plus tard, les auteurs duRoman de la Rose, Guillaume de Lorris( pour la première partiecomposée vers 1237) et Jean de Meung( pour la deuxième partieécrite vers 1277) ont recours au même procédé( v. E. LANGLOIS, Origineet source du Roman de la Rose( Paris, 1890). Ils font appel pour leursrécits, non seulement à l'antiquité profane, mais encore aux écrivainscontemporains( v. ibid., pp. 69-90, 103-169) et aux événements d'ac-